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Les manifestations pour la réforme électorale qui ont secoué la République démocratique du Congo (RDC) en juillet dernier illustrent  l’importance à l’égard du public de la justice et de l’impartialité au sein de la Commission électorale nationale indépendante, pilier officiel de la fragile démocratie congolaise.* * * *

Ce désir de réforme découle en grande partie du cycle électoral de décembre 2018, entaché selon les observateurs indépendants de graves irrégularités, de corruption et de violence.* * *

Au cours des préparatifs du scrutin, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a attribué un contrat important qui manifestait un risque de transaction intéressée, selon des éléments consultés par The Sentry.

En janvier 2018, deux sociétés, dont l’une était détenue par de futurs associés du président de la commission, Corneille Nangaa Yobeluo, ont décroché ce contrat d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Ce contrat pour éliminer les doublons parmi les dizaines de millions d’inscriptions sur le fichier électoral congolais a été attribué sans appel d’offres à d’autres compagnies. M. Nangaa fait l’objet de sanctions américaines pour son rôle présumé dans le détournement de fonds destinés à la Céni.* La commission et M. Nangaa rejettent ces accusations.*

“Fingerprints and Money Trails”
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Nangaa comptait parmi ses futurs associés Roger Abotome Bekabisya, qui a remporté les élections supervisées par le président de la Céni en tant que député de sa province d’origine. Des documents indiquent qu’après l’annonce des résultats en 2019, les deux hommes ont participé avec d’autres individus à un projet minier avorté dans le Haut-Katanga, province regorgeant de ressources naturelles. Les sanctions américaines visant M. Nangaa ont contraint les investisseurs impliqués à laisser tomber leurs plans, selon M. Abotome. Ce dernier a nié toute forme de corruption dans cette affaire ou que ses transactions avec le président de la Céni aient pu contribuer à sa victoire électorale.*

Ces éléments, qui désignent le risque d’irrégularités au sein de la Céni, soulignent la nécessité d’une réforme électorale contre la corruption en RDC. Un système kleptocrate fait depuis longtemps ses ravages à travers le pays. Les dirigeants s’accrochent au pouvoir et détournent les institutions de l’État, telle la commission électorale, pour bénéficier leurs propres intérêts et ceux de leurs facilitateurs, aussi bien locaux qu’étrangers.*

Afin d’y répondre, les partenaires internationaux de la RDC doivent soutenir les autorités et le secteur bancaire congolais afin de renforcer la vigilance financière et les garde-fous dans l’attribution de marchés publics. Ces acteurs devraient notamment assurer un contrôle des comptes de la Céni et mener une enquête sur ce contrat.

En amont des prochaines échéances électorales, de telles mesures amélioreraient la confiance des citoyens dans le processus démocratique et renforceraient la stabilité politique alors que la RDC s’appuie sur les gains de sa première passation de pouvoir pacifique depuis son indépendance il y a plus de 60 ans.

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